Profit ou valeur ajoutée ?
Une autre façon de compter

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L'entreprise
et la valeur ajoutée
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Quel est le produit le plus rentable ?
Quelle est l'entreprise la plus rentable ?
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Mise à jour le 4 mai 2010
Site créé le 28 novembre 2000

Une autre façon de compter


La finalité de l'entreprise est-elle le profit ? Si tel est le cas, il découle de cette façon de voir, depuis longtemps bien ancrée, une certaine façon de compter.

Mais si la raison d'être de l'entreprise est de produire des biens ou services ? Il en découle alors une autre façon de compter.

Chacune de ces façons de considérer l'entreprise - et de compter - reflète le point de vue que l'on adopte :

  • le point de vue du propriétaire, dénomination usuelle des associés ou des actionnaires, autrement dit des apporteurs de capitaux, dans le premier cas ;
  • le point de vue de l’entrepreneur, la personne qui crée les conditions d’existence, de fonctionnement et de développement de l’entreprise, dans le second.

Même si le chef d’entreprise détient la majorité des parts ou des actions, ce qui est fréquemment le cas, il a tout intérêt à raisonner en tant qu’entrepreneur. Or les outils de gestion usuels ne l’y aident pas. 


La façon de compter du « propriétaire »

Le profit est l’objectif visé. En découle une logique économique et financière, traduite par une façon de compter que l’on peut schématiser comme suit.

Propriétaire

Voici la logique du propriétaire, les mots en italique constituant des « briques de base » :

  • les associés ou actionnaires ont investi de l’argent dans leur société afin que celle-ci dispose d’une indispensable ressource financière, les capitaux propres ;
  • les actifs de la société sont financés par les capitaux propres et des dettes ;
  • les achats, les salaires, les intérêts des emprunts, les amortissements, les impôts, ont pour somme les coûts d’exploitation ;
  • le profit – dans ce contexte le résultat – est « ce qui reste » après avoir déduit les coûts d’exploitation du chiffre d’affaires ;  il fait l’objet d’une répartition entre dividendes et résultat réinvesti, celui-ci augmentant les capitaux propres.

Ajoutons que le résultat est aussi considéré comme provenant des marges des produits, d’où l’importance accordée à la détermination des coûts de revient.

Voilà une logique qui semble frappée au coin du bon sens ! En est pourtant absente cette « chose »  qui est, entre autres, la source du profit : l’entreprise. Nous allons voir que prendre acte de son existence conduit à modifier radicalement la façon de voir et la façon de compter. La façon de voir, parce que la fonction « physique », produire des biens et des services, s’impose comme la raison d’être de l’entreprise. La façon de compter, parce qu’une grandeur économique clé, la valeur ajoutée, prend une importance prépondérante. Mais clarifions d’abord ce qu’il faut entendre par entrepreneur, entreprise, richesse créée et valeur ajoutée.

Entrepreneur, entreprise, richesse créée et valeur ajoutée

Nous avons présenté plus haut l’entrepreneur comme le créateur des conditions d’existence, de fonctionnement et de développement d’une entreprise. Précisons qu’il peut être :

  • soit une personne physique : l’entrepreneur individuel
  • soit une personne morale, autrement dit une société, celle-ci étant nécessairement incarnée par une personne physique.

La personne qui incarne la société est usuellement qualifiée de Chef d’entreprise ou de Dirigeant de société ; cela contribue à pérenniser la confusion, donc l’amalgame, entre société et entreprise. Leurs natures sont pourtant fort différentes :

  • la société (SA, Sarl…) est une entité juridique qui est responsable vis-à-vis des tiers ; elle n’a aucune existence physique ;
  • l’entreprise est une organisation dont l’existence physique, telle celle d’une boulangerie, est bien perceptible ; elle n’a en revanche aucune existence juridique.

Remarque – Qualifier les associés ou actionnaires de « propriétaires de l’entreprise » est juridiquement non fondé. En droit, en effet, personne ne peut être propriétaire de l’entreprise car celle-ci n’est pas un objet de droit. Les membres du personnel, qui font partie de l’entreprise, sont des sujets de droit et personne ne peut évidemment en être propriétaire, sauf à restaurer le droit de l’esclavage. Personne n’est non plus propriétaire de la société, puisque celle-ci, en tant que personne morale, est elle aussi un sujet de droit. Les actionnaires ne sont propriétaires que de leurs parts ou de leurs actions, ce qui leur donne bien entendu des droits, notamment celui d’élire les membres du conseil d’administration et celui d’être rémunérés pour les capitaux qu’ils ont engagés avec risque dans la société.

L’entreprise crée des richesses. Cette expression mérite une clarification car, dans ce contexte, richesse n’est pas à prendre au sens d’argent. La richesse créée par l’entreprise est de nature « physique » : elle est sa contribution à l’obtention des biens et des services qui constituent sa production, les autres contributions étant apportées par la chaîne des fournisseurs situés en amont. Pour obtenir du pain, par exemple, il faut que soient successivement produits du blé par une exploitation agricole, de la farine par une minoterie, et enfin du pain par une boulangerie.

Création des richesses

Qu’est-ce que la valeur ajoutée ? C’est la valeur monétaire de la richesse créée par l’entreprise. D’où la définition :

Valeur ajoutée = Production – Consommation intermédiaire

production étant la valeur monétaire des biens et services produits (marchandises incluses), et consommation intermédiaire celle des biens et services consommés.

La valeur ajoutée fait l’objet d’une répartition entre cinq revenus : ceux des parties prenantes qui procurent les ressources « structurelles » de l’entreprise :

  • Intérêts financiers pour les prêts consentis par les Banques ;
  • Impôts pour les services rendus par l’État ;
  • Salaires pour le travail fourni par le Dirigeant et le Personnel ;
  • Dividendes pour les capitaux investis par les Actionnaires ;
  • Autofinancement pour la Société elle-même.

La valeur ajoutée réalisée par l’entreprise doit à l’évidence être suffisante pour satisfaire les attentes de toutes les parties prenantes. Cette grandeur économique devrait donc occuper une place centrale dans la façon de compter et les préoccupations de gestion. Ce n’est pas le cas, elle est au mieux considérée comme un « solde intermédiaire de gestion ». Pourquoi ? D’abord, comme nous l’avons vu, parce que la façon de compter usuelle est focalisée sur le résultat, mais aussi parce que la notion de valeur ajoutée a été forgée pour les seuls besoins de la Comptabilité nationale. Elle a servi à fonder la notion de PIB (Produit Intérieur Brut), lequel est défini à la fois comme la valeur de la richesse créée par la nation et comme la somme des valeurs ajoutées des entreprises. En conséquence manque un lien indispensable : celui existant entre la valeur ajoutée de l’entreprise et l’apport économique de chacun de ses produits (marchandises, biens ou services). Nous allons voir que ce lien est simple à établir.

Dans les biens et services consommés par l’entreprise il faut distinguer :

  • ceux servant au fonctionnement de l’entreprise (telle l’énergie consommée par le four de la boulangerie);
  • et ceux entrant dans la constitution des produits (telle la farine dans le pain).

Les valeurs monétaires correspondantes ont été respectivement dénommées consommation de fonctionnement et consommation directe.

À chaque produit vendu correspond une consommation directe : le coût d’achat de ses constituants (classés comptablement dans les matières) s’il s’agit d’un produit industriel, ou tout simplement son coût d’achat s’il s’agit d’une marchandise. La différence entre le prix de vente du produit et sa consommation directe a été dénommée valeur ajoutée directe ou VAD :

VAD d’un produit = prix de vente – consommation directe

Notons bien que la consommation directe ne comprend aucune répartition de coût de structure, comme c’est le cas dans la détermination des coûts de revient. Elle est tout simplement une donnée comptable. La VAD est donc, elle aussi, une donnée comptable.

Le chiffre d’affaires est la somme des prix de vente et la consommation directe totale est la somme de celles des produits. En conséquence la VAD des ventes est la somme des VAD des produits :

VAD des ventes = somme des VAD des produits

Le lien recherché entre la valeur ajoutée réalisée par l’entreprise et l’apport économique de chacun de ses produits est ainsi établi :

Valeur ajoutée = VAD des ventes – consommation de fonctionnement

Mais une autre relation peut aussi être établie : celle existant entre le monde « physique » de l’entreprise, représenté selon une approche systémique, et ses « dimensions » économiques.

Entreprise Système

L’entreprise produit des efforts pour réaliser la transformation dont la sortie sont les biens et services vendus et l’entrée les biens et services qui leurs sont incorporés.

La VAD des ventes est la valeur marchande de la transformation réalisée par l’entreprise.

Le Coût de structure (CS) résulte de la prise en compte :

  • des rémunérations attendues par les parties prenantes, certaines d’entre elles étant retraitées pour mettre en évidence les coûts de l’équipement et du besoin en fonds de roulement,
  • et de la consommation de fonctionnement.

Le Taux d’équilibre économique ou TEE est le rapport entre la VAD des ventes et le Coût de structure. On comprend aisément qu’il doit être au moins égal à 1, sous peine de ne pas pouvoir totalement répondre aux attentes d’une ou plusieurs catégories de parties prenantes.

Tous les ingrédients sont maintenant réunis pour donner vie à la façon de compter de l’entrepreneur.


La façon de compter de l’« entrepreneur »

Entrepreneur

Voici la logique de l’entrepreneur :

  • le Dirigeant, avec les compétences dont il s’entoure, détermine la nature et l’importance des ressources dont l’entreprise doit disposer pour réaliser la production voulue ;
  • la rémunération des différentes parties prenantes résulte de la répartition de la valeur ajoutée réalisée par l’entreprise, cette répartition étant pour partie imposée (intérêts bancaires, impôts), pour partie fonction des règles du jeu et des décisions prises par le Dirigeant (salaires, dividendes, autofinancement) ;
  • l’autofinancement (somme du résultat réinvesti et des amortissements et provisions de la période) doit assurer le développement de l’entreprise et l’indépendance financière de la société, dont il alimente les ressources propres (somme des capitaux propres et des amortissements et provisions cumulés) ;
  • l’équilibre économique devient l’objectif premier assigné à l’entreprise.

Comment réaliser l’équilibre économique de l’entreprise ? Une situation difficile peut obliger le Dirigeant à devoir prioritairement réduire la structure. Mais l’objectif logique et normal est, avec la structure existante, d’atteindre au moins le niveau requis de la VAD des ventes.